BILLET n°113 – CASTRORAMA

3 septembre, 2018  |  LE BILLET

BILLET n°113 – CASTRORAMA

 

Quand Macron a organisé son « pince-fesses » le soir des élections, sorte de « Fouquet ‘s » qui se voulait moins « bling-bling » avec le choix du quartier de Montparnasse, la caméra d’un journaliste s’est promené dans l’assistance. Une tête hilare, yeux ronds et bouche fendue jusqu’aux oreilles, se signalait dans la foule, c’était celle de Stéphane Bern : j’ai alors craint que dans l’euphorie, il soit nommé ministre de la Culture. 

Quand la caméra s’est glissée près du buffet avant qu’il ne soit pris d’assaut par les convives, une masse sombre et voûtée y rodait déjà, attrapant au passage des petits fours dont elle s’empiffrait ; c’était celle de Roland Castro : là aussi j’ai craint que dans l’euphorie, il soit nommé ministre de la Ville.

 

Heureusement, il n’en fut rien ni pour l’un ni pour l’autre, sinon j’aurais eu des regrets, mais depuis j’en ai eu d’autres, d’avoir donné mon vote à Macron au deuxième tour des présidentielles. Mais la servilité de ces courtisans rampant dans les allées du pouvoir fut tout de même récompensée.

 

Le premier, Bern, qui vante sur les ondes les vertus des vérandas qui sont souvent plantées comme des verrues sur les constructions existantes, a obtenu une « mission » sur le patrimoine. Cela consiste pour l’instant en l’organisation d’un vaste jeu du loto, comme dans les foyers ruraux et les maisons de retraite, mais à l’échelon national. C’est vrai que la sauvegarde du patrimoine tient bien souvent du hasard, si l’on n’a pas l’entregent auprès des Drac ou du ministère de la Culture.

 

Le second, Castro, commençait à piaffer d’impatience, étonné que ses efforts médiatiques et son empressement pour les cocktails parisiens ne soient pas mieux récompensés. La « médaille » en reconnaissance de ses services serviles ne tarda pas à venir s’accrocher au revers de sa veste, et récemment une mission lui a été confiée par la Présidence de la République : on lui demande d’accoucher quelques réflexions sur la Métropole du Grand Paris. Il a fait partie d’une des dix équipes qui planchaient sur le sujet depuis quelques années, et le voilà subitement promu « chef d’équipe » du seul fait du prince, sans jury, sans rien… drôle de conception de la démocratie, comme si tout le travail des autres équipes et les avis des jurys organisés antérieurement n’avaient servi à rien. A moins que le « travail » de Castro, qui doit rendre sa copie le 31 juillet 2018, un délai très court, ne consiste qu’à faire un résumé, au mieux une synthèse, des travaux antérieurs ? Le contribuable aimerait connaître le coût global de ces « réflexions », sorte de hochets pour architectes, qui ont démarré sous l’ère Sarkozy voilà plus de dix ans et qui, après moult rebondissements, servent maintenant à couronner par le cerveau fumeux de Roland Castro.

 

Evidemment, aussitôt sa nomination, Castro s’est répandu dans les médias pour donner le contenu de sa mission, du réchauffé, du flou, du toc. En voici quelques extraits. « Ce qui va être différent cette fois par rapport aux missions précédentes sur le Grand Paris, c’est que les choses sont dans le bon ordre, avec une pensée scénarisée de la ville, plus racontée et romanesque, non technique . » Bon, ça promet un beau conte, genre « Alice aux pays des merveilles » écrit par Roland Castro qui touchera des droits d’auteur avant même son écriture et sa publication. Bravo l’artiste… Il parle de « mixité sociale », « de lieux partagés » et « d’offre culturelle », termes à la mode avec un zeste d’enrobage « écologique ». Il va même pouvoir donner son nom à la postérité avec un texte de loi, car imperturbable il poursuit : « Nous allons penser aux institutions et systèmes nécessaires pour aller dans le bon sens. Un projet de loi sera proposé sur les conditions à remplir. » La modestie n’étant pas le signe distinctif de Castro, il ressemble à la grenouille envieuse du bœuf quand il résume son projet à « la vision d’un modèle de métropole mondiale »… Oh, bien sûr il joue encore le rebelle, et proposant d’implanter le Quai d’Orsay hors du centre de Paris, il s’imagine martyrisé par les fonctionnaires : « les membres de l’administration vont me haïr, mais le locataire actuel du ministère des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, connaît le travail que j’ai fait à Lorient et il sait que je ne dis pas que des bêtises. » A force de faire l’âne, l’animal, il finira par avoir du son. « Sur la question de la création d’un ministère en banlieue, Emmanuel Macron me suit aussi » claironne l’urbaniste. Mais où sont situées les dernières agences de Castro, le donneur de leçons ? J’en ai connu une rue du Faubourg Saint Honoré, dans le 8èmearrondissement, son agence est maintenant face au cimetière du Père Lachaise, dans le 20èmearrondissement. Va-t-il franchir le périphérique ?

 

Concluons avec une anecdote. La courtoisie devrait plutôt être de mise, relayée par la déontologie, quand un architecte intervient sur l’œuvre d’un confrère vivant. Mais là encore, les règles élémentaires de politesse ne sont pas toujours appliquées. Pour l’opération « chirurgicale » opérée par Roland Castro en 2000 sur la barre de logements de 300 mètres de long dessinée par Jean Dubuisson pour la Cité « La Caravelle » à Villeneuve-la-Garenne, ce dernier émettait des réserves sur le projet de réhabilitation et manifestait sa surprise avec dépit : « Dans cette affaire l’attitude de certains confrères est curieuse et répréhensible car lorsqu’un architecte est encore vivant on ne devrait pas accepter de transformer son œuvre sans le consulter. Dans les années quatre-vingt, Sarfati a commencé par rajouter des balcons sans me consulter. Aujourd’hui, Castro casse tout. Il m’en a parlé, mais il est persuadé que ce qu’il fait est bien. Son critère de jugement, c’est la longueur du bâtiment. Je pense qu’il ne résoudra rien mais créera plutôt de nouveaux foyers de désordres. Si je vis assez longtemps pour le voir, je suis certain que l’avenir me donnera raison (…) Lorsque Sarfati a corrigé mon bâtiment, je pouvais l’attaquer par une plainte à l’Ordre, mais le mal était fait ».

Agé de plus de quatre-vingts ans à l’époque, Jean Dubuisson n’avait plus l’énergie pour porter l’affaire Castro devant la justice. Il attendra vainement un peu de courtoisie de celui-ci et assistera impuissant à la dénaturation de ses façades finement dessinées, ses logements de grande qualité, ses abords soignés, un programme de logements que le bailleur social, la SCIC, a laissé partir à la dérive. Castro et son comparse Pasqua, quand ce dernier était président du Conseil général des Hauts-de-Seine et facilitait la tâche de Castro, ils auraient fait sortir un pet d’un âne mort, aurait dit Rabelais…

 

Vincent du Chazaud, 19 juin 2018  


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