BILLET n°105 – VOLTAIRE

17 février, 2018  |  LE BILLET

BILLET n°105 – VOLTAIRE

Il y a parfois, souvent même si l’on prend le temps d’y regarder, des correspondances fortuites, parfois heureuses. Ce fut le cas ici avec Voltaire.

Rongeant mon frein dans une chambre d’hôpital après une petite intervention chirurgicale, j’avais pris la précaution de prendre avec moi une bande dessinée, me disant que cette lecture serait plus facile dans ma situation. C’est avec « Voltaire amoureux » de Clément Oubrerie[1] que j’ai passé une partie de la nuit, impossible de m’en détacher… Le lendemain je lis un entretien que Christophe Malavoy[2], discret et magnifique comédien, a donné au journal « Dix-huit les nouvelles ». Il y dit : « Je souhaiterais réaliser pour le cinéma un film sur Voltaire dont j’écris le scénario. Ce personnage iconoclaste peut répondre à nos interrogations d’aujourd’hui sur la religion, le pouvoir, la laïcité, la tolérance. » C’est exactement ce que j’en avais ressenti dans le livre superbement dessiné et composé d’Oubrerie, dont c’est le premier tome. Je suis impatient de lire le prochain tome et de voir sortir ce film, l’un et l’autre pourraient être tellement justes à propos…

Et, puisque ce billet devrait en priorité s’adresser aux experts de justice, ce qui est faux dans les faits, il faut relire « L’affaire Calas », ce plaidoyer de Voltaire absolument poignant, ce combat contre l’obscurantisme, le fanatisme, l’intolérance de son siècle et dont les scories et les symptômes sont toujours manifestes aujourd’hui, plus que jamais malheureusement et malgré les mauvaises expériences passées…

Sur son cercueil, alors que les restes de Voltaire, mort en 1778, suivis par une foule hétéroclite, étaient transférés en 1791 à la basilique Sainte-Geneviève nouvellement rebaptisée le « Panthéon français », on pouvait lire : « il vengea Calas,  La Barre, Sirven et Montbailli, philosophe, historien, il a fait prendre un grand essor à l’esprit humain, et nous a préparé à être libres. » C’était un hommage autant à l’homme de réflexion qu’à l’homme d’action, ce qu’il fut sa vie durant. Lorsqu’il s’engage dans ce combat pour la réhabilitation de Calas, le philosophe est âgé de près de soixante-dix ans, avec une longue carrière littéraire derrière lui, une vie de combats qui n’ont pas tous été intellectuels : dans sa jeunesse, son esprit libre et arrogant lui ont valu l’embastillement, l’exil et d’être roué de coups. De ce fait, de son vrai nom Arouet il le changea en Voltaire, reniant ainsi son milieu familial janséniste.   

La fameuse phrase, pourtant non sourcée et jamais écrite, mais de la plume d’une femme écrivain anglaise du début du XXème siècle, « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire », peut résumer les combats de Voltaire contre tous les fanatismes, notamment religieux qui sévissaient durement, notamment à l’encontre des protestants depuis la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV.

Voltaire prend alors la défense courageuse de ceux qui eurent à subir les violences abjectes et incommensurables d’une Eglise acharnée à maintenir ses privilèges, avec la complicité d’un régime corrompu par la cupidité et l’insolence d’une caste privilégiée. La fureur des juges est complice, qui condamne à d’atroces supplices, gratifiant la bêtise du peuple maintenu dans une ignorance crasse, « toute la canaille qui court à ces spectacles comme au sermon, parce qu’on y entre sans payer » écrivait Voltaire. Malgré son âge et sa célébrité, il prend des risques à dénoncer ce fanatisme religieux. C’est une époque où l’on exécute sur des accusations et des témoignages obtenus sous le poids de la crainte et de l’ignorance, où l’on obtient des « aveux » par les supplices horribles de la question ordinaire et extraordinaire, où l’on condamne à mort, certes, mais pas avant d’avoir la langue arrachée, le poignée coupé, puis enfin pourrait-on dire, être décapité et le corps jeté dans les flammes, comme ce fut le cas après la sentence rendue en 1766 à l’encontre du jeune chevalier de La Barre, âgé de dix-huit ans, accusé de blasphème, quant à Jean Calas, âgé de soixante-huit ans, il eut à subir le supplice de la roue après avoir subi les horreurs de la question, puis la mort venue son corps fut livré aux flammes… Voltaire multiplie les démarches pour réhabiliter les victimes de ces pratiques barbares, de cette hystérie fanatique, et publie en 1763 en s’appuyant sur l’affaire Calas un « Traité sur le tolérance », dénonçant au passage ces scandales judiciaires et ces sentences ignominieuses.

[1] Clément OUBRERIE, « Voltaire amoureux-1 », Editions des Arènes, Paris, 2017

[2] Christophe Malavoy donne en ce moment la réplique à Tom Novembre dans une pièce de Didier Caron, « Fausse note », au Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins à Paris 8ème

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