65° ATELIER DEBAT : Diagnostic d’ensemble de l’habitat parisien ancien par Jacques FREDET (2)

27 novembre, 2018  |  ateliers, Non classé

Titre: 65° ATELIER DEBAT
Lieu: Lycée CARCADO – 121 bd. Raspail 75006 PARIS
Description: Pathologies de l’habitat parisien ancien par Jacques FREDET
Heure début: 18:00
Date: 2018-10-17
Heure fin: 20:00

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89daudrec

5 février, 2018  |  Non classé
BILLET n°96 (1/2) – Bernard Arnault, Sergueï Chtchoukine, merci patrons…

BILLET n°96 (1/2) – Bernard Arnault, Sergueï Chtchoukine, merci patrons…

25 mars, 2017  |  LE BILLET, Non classé

BILLET n°96 (1/2) – Bernard Arnault, Sergueï Chtchoukine, merci patrons…

 

C’est une exposition paradoxale qui se tient à la Fondation Louis Vuitton. En même temps que l’anniversaire de la Révolution russe d’octobre[1], mettant fin au régime tsariste et aux privilèges d’une caste, un grand patron du capitalisme français expose dans son musée mégalomaniaque des centaines d’œuvres provenant d’un collectionneur russe, lui-même faisant partie de la grande bourgeoisie russe, aveuglé, étourdi et transporté par le monde de l’art, loin des préoccupations politiques et sociales en train de secouer la Russie et le monde. Etrange résonance tout de même avec les temps que nous vivons aujourd’hui…

Bien sûr, sans Bernard Arnault nous n’aurions pas ce stupide bâtiment, enflé de ses voilures en plein milieu des terres, que nous admirons presque tous, planté face à l’ancien musée des Arts et traditions populaires. Ce dernier bâtiment, intelligent celui-là, dû à l’architecte Jean Dubuisson, tombe en ruine et son triste sort, la destruction, semble scellé[2]… Il aurait pourtant pu abriter la fondation de Bernard Arnault. Faut-il vraiment que seule la démesure nous fascine ?

 

Pour cette exposition « Icônes de l’art moderne : la collection Chtchoukine », tout est démesuré : la quantité d’œuvres accrochées, près de 130 peintures majeures de l’histoire de l’art moderne sur les 274 tableaux que contenait la collection de Sergueï Chtchoukine[3], le nombre de peintres exposés, plus d’une cinquantaine dont Cézanne[4], Monet[5], Gauguin[6], Van Gogh[7], Matisse[8], Picasso[9], les importantes files d’attente, qui vont pulvériser les records d’entrées, devant un bâtiment aujourd’hui déguisé en costume d’Arlequin par Buren, devenu le « décorateur » à la mode depuis ses colonnes du Palais royal dont les motifs répondent aux dessins des stores du ministère de la Culture. Ici ce « costume » d’Arlequin pourrait être une réplique au tableau de Cézanne peint entre 1888 et 1890, « Mardi Gras », curieusement installé dans la dernière salle, celle des « Suprématistes » Russes, car peut-être annonciateur de la destruction de la figure au profit de l’abstraction jusqu’à la disparition pure et simple de la peinture avec « Carré blanc sur un fond blanc », premier monochrome peint en 1918 par Kasimir Malevitch. Entre les deux, les peintres modernes s’extirpent de l’académisme pour renouveler la figuration[10], par une transfiguration de la peinture, par touches, par aplats, par hiératisme et sublimation.

 

Pour l’activité de Bernard Arnault et de son groupe LVMH, je renvoie au film documentaire de François Ruffin sorti en février 2016, « Merci patron ! », censuré par la presse détenue par le milliardaire et qui vient de recevoir le César du meilleur documentaire ce 24 février 2017. Je vous livre ici une partie du discours de Ruffin lors de la remise du prix : « Mon film, il parle d’une usine qui part en Pologne et qui laisse derrière un paquet de misère et un paquet de détresse. (…) Ça fait maintenant trente ans que ça dure dans l’ameublement, dans le textile, dans la chimie, dans la métallurgie, ainsi de suite. Pourquoi ça dure comme ça depuis trente ans ? Parce que ce sont des ouvriers qui sont touchés, et donc on n’en a rien à foutre. Si c’étaient des acteurs qui étaient mis en concurrence de la même manière avec des acteurs roumains, ça poserait problème immédiatement. Si c’étaient des journalistes… Quand on touche à l’avantage fiscal de la profession de journalistes, ça fait des débats aussitôt, il y a des tribunes dans les journaux. Mais imaginons que ce soit les députés, qu’on dise « les députés ne sont pas assez compétitifs ». Un député français coûte 7610 euros par mois, un député polonais revient à 2000 euros par mois. Et encore, je suis modéré, parce qu’au Bangladesh, un député c’est 164 euros. Mais imaginons qu’on dise : demain, il faut délocaliser l’hémicycle à Varsovie. Immédiatement, il y aurait des débats à l’Assemblée nationale, il y aurait un projet de loi. Ça fait trente ans que ça dure pour les ouvriers, et il n’ y a pas de projet de loi. »

 

Bon après cela, c’est difficile de parler d’Aaaart, de Peeeinture et tout ça, et qui pourtant m’émeuvent aussi beaucoup. Que dire sur 160 peintures iconiques de l’art moderne[11], dont certaines ont été exposées lors de récentes expositions à Paris[12]… il faut aller les voir, c’est tout, à Paris ou à Moscou. Alors parlons de l’activité de l’autre grand patron que fut Sergueï Chtchoukine (1854-1936), du moins celle de collectionneur. Pour cela je me suis fait aider du somptueux catalogue de l’exposition acquis lors de ma visite de l’exposition, et pour lesquels j’ai déboursé 66 euros comme pour un étudiant en Histoire de l’art, alors que le moindre journaliste, surtout s’il travaille au « Parisien »[13], rentre gratuitement au musée et reçoit le catalogue chez lui… Plutôt que de faire une biographie, émaillée de drames familiaux[14] au milieu de l’histoire mouvementée de la Révolution russe, voici quelques anecdotes à propos de Chtchoukine et de l’acquisition de ses œuvres.

 

 

Vincent du Chazaud, 1er mars 2017  

 

 

[1] Huit numéros de « Courrier international » donneront un article chaque semaine d’une série intitulée « 1917, année de toutes les révolutions ». Le premier est le numéro 1373 du 23 février au 1er mars 2017.

[2] Voir billet n°60 « Jean Dubuisson et le musée des Arts et traditions populaires, Frank Gerhy, la fondation Vuitton et autres Kooneries, Viollet-le-Duc … et encore Le Corbusier » du 3 décembre 2014.

[3] En tout, ce seront près de 800 tableaux de l’art moderne, dont ceux de la collection Morozov, que les soviets vont confisquer pour créer le musée d’Etat d’art occidental moderne (GNMZI) en les répartissant entre le musée Pouchkine de Moscou et le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Ces tableaux seront menacés sous Staline, quand le « réalisme socialiste » deviendra la doctrine officielle littéraire et artistique, l’art moderne, encouragé par une bourgeoisie décadente, étant considéré comme contre-révolutionnaire, à l’inverse de la Révolution d’octobre.  

[4] 8 toiles achetées par Chtchoukine

[5] 12 toiles achetées par Chtchoukine

[6] 16 toiles achetées par Chtchoukine

[7] 4 toiles achetées par Chtchoukine

[8] 38 toiles achetées par Chtchoukine

[9] 54 toiles achetées par Chtchoukine

[10] Voir article d’Hector Obalk dans « Elle » n°3714 du 24 février 2017  

[11] Avec la trentaine des œuvres russes exposées.  

[12] Matisse-Picasso en 2002 au Grand-Palais, Picasso cubiste en 2007 au musée Picasso, Picasso et les maîtres en 2008 au Grand-Palais, L’aventure des Stein en 2011 au Grand-Palais.

[13] Voir article de Marianne du 10 novembre 2016, « Le film « Merci Patron ! » une nouvelle fois censuré au « Parisien » ».

[14] En 1906 son fils Sergueï âgé de 17 ans est retrouvé noyé dans la Moskowa, en janvier 1907 décès de sa femme Lydia, en 1908 suicide de son frère Ivan à Paris, en 1910 suicide de son fils Grigori.  

Formation juridique

4 mars, 2017  |  formation, Non classé

Titre: Formation juridique
Lieu: Auditorium de la Maison du Barreau – 2 rue Harley – 75001 Paris
Description: SIMILITUDES ET DIFFERENCES DE LA PROCEDURE EXPERTALE DANS LES SYSTEMES JUDICIAIRES : ADMINISTRATIF ET CIVIL
LES PRINCIPES DE LA MEDIATION DEVANT LE TRIBUNAL ADMINISTRATIF
Heure début: 9:00
Date: 2017-05-04
Heure fin: 13:00

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51° ATELIER-DEBAT : CAT NAT par M. BOUYABAR

20 novembre, 2016  |  ateliers, Non classé

Le 51° ATELIER-DEBAT organisé à la FFB le 16 novembre 2016  a eu pour thème :  la CAT NAT par M. BOUYABAR

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48e congrès national du CNEAF

26 septembre, 2016  |  Calendrier, Non classé

Titre: 48e congrès national du CNEAF
Lieu: Cour de Cassation, 5 quai de l’Horloge – PARIS
Heure début: 9:00
Date: 2016-11-10
Heure fin: 17:30

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CYCLE DE FORMATION 2016 DES ANCIENS EXPERTS – ACTUALITE DES REGLES DE PROCEDURE ET DE LA JURISPRUDENCE APPLICABLES AUX MESURES D’INSTRUCTION CONFIEES A UN TECHNICIEN

13 septembre, 2016  |  Non classé

Titre: CYCLE DE FORMATION 2016 DES ANCIENS EXPERTS – ACTUALITE DES REGLES DE PROCEDURE ET DE LA JURISPRUDENCE APPLICABLES AUX MESURES D’INSTRUCTION CONFIEES A UN TECHNICIEN
Lieu: FFB Salle PRADEAU – 10, rue du Débarcadère 75017 Paris
Heure début: 17:30
Date: 2016-10-03

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48° ATELIER – DEBAT : Le rapport avec le sol

27 février, 2016  |  ateliers, Non classé

Le 48e ATELIER-DEBAT organisé à la FFB le 17/02/2016 a eu pour thème : Le rapport avec le sol. Le conférencier était M. A.  PICKAERT- ingénieur.

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Billet n°84 – TROIS PETITS LIVRES, DEUX GROSSES BD (2/2)

27 février, 2016  |  Non classé

Billet n°84 – TROIS PETITS LIVRES, DEUX GROSSES BD (2/2)

 

Le 41ème festival international de la bande dessinée d’Angoulême venant de clore fin janvier, quoi de plus normal que de rendre hommage à ses initiateurs et continuateurs en se référant à deux grosses BD remarquables, par leur contenu d’abord, et en tant que témoins de l’évolution de cet art pour la jeunesse et s’ouvrant au monde adulte (en fait le même lectorat, mais qui a vieilli …). Créé en 1974 par un adjoint à la municipalité passionné de BD, il est devenu quarante et un festivals plus tard le plus important d’Europe. Pour avoir eu une agence d’architecture à Angoulême, cet événement était attendu car il secouait la langueur de cette bonne ville provinciale, avec les deux autres séismes que sont le festival « Jazz et Musiques métisses » et le « Circuit des remparts » automobile.

 

La première BD porte un titre résumant son contenu, « Cher pays de notre enfance, enquête sur les années de plomb de la Vème République »,[1] résultat d’une enquête menée par le dessinateur Etienne Davodeau et le journaliste d’investigation Benoît Collombat. La postface est de Roberto Scarpinato, procureur général auprès du parquet de Palerme, mémoire historique de la lutte anti-mafia, le « dernier des juges » et survivant de la génération des juges Falcone et Bosellino, assassinés par la Mafia en 1992, et vivant sous protection policière depuis plus de vingt-cinq ans…

Deux histoires servent à l’appui de ces « années de plomb », celle de l’assassinat du juge François Renaud à Lyon le 3 juillet 1975, et celle de l’assassinat de Robert Boulin, ministre du travail de Giscard d’Estaing, le 29 octobre 1979. En toile de fond de ces deux assassinats, l’ombre du Service d’Action Civique, le SAC, qui ne sera dissous qu’après le carnage perpétré sur une famille entière, six personnes dont un enfant, lors d’un règlement de compte entre membres du SAC, le 8 juillet 1981. De Gaulle avait coutume de dire « l’intendance suivra », celle-ci a suivi et a participé à toutes les basses œuvres du gaullisme. Le juge Renaud a payé de sa vie son enquête au plus près du casse de la poste de Strasbourg, dont l’énorme butin a en partie financé le parti au pouvoir et le SAC, quant à Robert Boulin, il allait faire des révélations compromettantes pour les politiciens de cette époque, Jacques Chirac et Charles Pasqua entre autres et leurs liens avec le SAC. Ce « sac » exhalait une odeur fétide, il était rempli d’hommes douteux, soldats perdus des guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie, soutenus par des politiciens sans scrupule, et dont d’autres du parti au pouvoir fermaient pudiquement les yeux : l’intendance suivra… Quant à la police ou les renseignements généraux, ils cautionnaient ou même donnaient un coup de main, d’ailleurs beaucoup de leurs membres en faisaient partie.

 

Ces hommes prêts à tout pour se maintenir au pouvoir, ont forcé le destin en leur faveur, coûte que coûte, par tous les moyens. Conservateurs par essence, puisqu’il s’agissait pour eux de conserver le pouvoir, ils ont empêché la société française d’évoluer. Les crises épisodiques de la société française aujourd’hui sont le résultat de cet immobilisme, de ce manque de cette coiffe autoritaire et népotique de la politique : un ministre de l’agriculture se rendait populaire naguère en tapant dur le cul des vaches au Salon de l’agriculture, aujourd’hui les agriculteurs se suicident ou se révoltent…

 

Lors de l’enterrement de Robert Boulin, Chirac et Giscard était absents… on apprendra que ce dernier était parti chasser dans le Loire et Cher… Il devait être dans les mêmes dispositions que Michel Delpech, quand il chante « avec mon fusil dans les mains, au fond de moi je me sentais un peu coupable, alors je suis parti tout seul, j’ai emmené mon épagneul en promenade. » Il suffit seulement de remplacer « épagneul » par « labrador »…

 

Retour sur le livre de Paul Chaslin, signalé dans le billet précédent. Chaslin pense, pour la fermeture de GEEP industrie, qu’il a été victime de la rancune de Giscard, dont l’adhésion à un mouvement de résistance à la fin du mois d’août 1944 après la libération de Paris avait été sévèrement refusée par la mère de son ami François Girard.

 

La deuxième BD porte aussi un titre résumant son contenu, « L’affaire des affaires, Clearstream »[2], du journaliste d’investigation Denis Robert et du dessinateur Laurent Astier. Un journaliste, un juge, un informaticien, un général, un vendeur d’armes, un futur président de la République… Treize ans d’enquêtes sur l’affaire Clearstream où se mêlent réseaux mafieux, blanchiment d’argent, financement de partis politiques…

 

Il y eut deux affaires en une, pour l’affaire Clearstream, l’une politique, l’autre financière, et elles ont peut être des liens entre elles. Le journaliste Denis Robert, qui s’est trouvé mêlé à ce tourbillon médiatique, pense que l’affaire politique, qui a pris le dessus dans l’affaire Clearstream, ressemble à un énorme enfumage destiné à créer un voile de fumée opaque masquant les turpitudes des banques et leurs filiales « off shore »[3] recyclant l’argent sale. La complexité, la sophistication des échanges est à un point tel que les banques échappent au contrôle des états souverains. Des groupes puissants et internationaux, Starbuck, Ikea, Mac Donald et autres, s’affranchissent de l’impôt local, méprisent les lois en vigueur sur le travail et versent leurs énormes bénéfices dans des paradis fiscaux.

Il est étonnant d’ailleurs de voir le nombre d’annonces quand on tape sur un site de recherche à « banque offshore ». En voici un florilège : « Fidusuisse. Ouverture Rapide de Compte Offshore Votre Compte Bancaire Sous 48 h. Experts en Fiscalité. Service rapide et discret », « Cabinet comptable expert en conseil et ouverture de compte à Hong Kong » , «  Sur RDV avec un Expert à Genève. Confidentialité garantie », « Société offshore Dubaï, Pas d’impôt, gestion à distance », etc…

Autre coïncidence, Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, déclarait à la tribune du Conseil de sécurité de l’ONU le 13 janvier 2003 : «Il faut approfondir la réflexion sur les paradis fiscaux (…) et sur la traçabilité des transferts de fonds électroniques, il faut des initiatives pour créer des outils de contrôle originaux, car le terrorisme s’adapte en permanence. »

Troublante coïncidence, trois ans plus tard de Villepin se trouve empêtré dans cette seconde affaire Clearstream, politique celle-là, qui l’écarta de la course à l’Elysée à laquelle il semblait pourtant devancer Sarkozy… Chirac et son poulain ne bénéficiaient plus des réseaux du SAC moribond, supplantés par d’autres depuis, et qui ont changé de camp.

 

Vincent du

[1]Cher pays de notre enfance, enquête sur les années de plomb de la Vème République, Etienne Davodeau et Benoît Collombat, éditions Futuropolis, Paris, 2015.

[2]L’affaire des affaires, Clearstream, Denis Robert et Laurent Astier, éditions Dargaud, Paris, 2015.

[3] Définition sur Wikipédia : Une banque extraterritoriale, ou banque offshore est une banque située à l’extérieur du pays de résidence du déposant, typiquement dans un pays à faible imposition (ou paradis fiscal) qui fournit des avantages financiers et juridiques. Ces avantages comprennent généralement une plus grande protection de la vie privée (voir aussi le secret bancaire, un principe né avec la Loi de 1934 des banques suisses), une imposition faible ou nulle (les paradis fiscaux à savoir), un accès facile à des dépôts (au moins en termes de régulation), la protection contre l’instabilité politique ou financière locale. Le terme banque offshore provient des îles Anglo-Normandes car elles sont «offshore» du Royaume-Uni c’est-à-dire « en dehors des côtes », « vers le large ». Bien que la plupart des banques offshore soient, à ce jour, situées dans les nations insulaires, le terme est utilisé au sens figuré pour désigner de telles banques indépendamment de leur emplacement. On inclut ainsi dans le terme banques offshore certaines banques suisses et certaines banques d’autres pays enclavés tels que le Luxembourg et Andorre. Les activités bancaires offshore ont souvent été associées à l’économie souterraine et la criminalité organisée, par le biais de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent. Toutefois, légalement, les activités bancaires offshore ne soustraient pas le contribuable à l’impôt des particuliers sur les intérêts.

Billet n° 81 – LE MEMORIAL DE GEORGES-HENRI PINGUSSON (1894-1978)

11 janvier, 2016  |  LE BILLET, Non classé

Billet n° 81 – LE MEMORIAL DE GEORGES-HENRI PINGUSSON (1894-1978)

 

Le « Mémorial des martyrs français de la déportation »[1] est un monument commémoratif rendant hommage aux deux cent mille martyrs français morts dans les camps de la déportation entre 1940 et 1945, victimes de la barbarie nazie. Cet ouvrage a été initié par « Le Réseau du souvenir », association de déportés.

 

Ce monument est le fruit d’un lent processus de décisions et de gestation d’un projet qui prit près de dix années entre l’idée lancée en 1953 par l’association de déportés « Le Réseau du souvenir », le choix du projet de Pingusson à l’issue d’un concours restreint en 1954, le travail régulier de l’architecte sur ce projet avec plusieurs variantes jusqu’en 1960, année de lancement d’une souscription nationale rendant l’entreprise réalisable, enfin le chantier jusqu’en 1962, année de son inauguration par le général de Gaulle le 12 avril.

 

L’emplacement choisi pour le Mémorial aux déportés, à la pointe de l’île de la Cité, derrière Notre-Dame de Paris, a été déterminant pour le parti architectural, issu des deux points forts du site: un fleuve (la Seine), un monument historique (la cathédrale gothique). A cet emplacement se trouvait antérieurement la morgue , transférée quai de la Rapée en 1914.

 

L’édifice proposé par Pingusson est enterré, dans un axe légèrement décalé par rapport à Notre-Dame ; il émerge du fleuve dont il se protège par un épais parapet. Le Mémorial s’inscrit dans le triangle que forme la pointe amont de l’île de la Cité, sur un terrain de 581 m2. Il se développe sur deux niveaux:

 

-Au niveau haut, le square est conçu comme un jardin très sobre. Après avoir franchi cet espace de verdure formant écran contre l’agitation de la ville, en allant en direction de la pointe de l’île, vers la Seine, deux escaliers latéraux et étroits, de 1,10 mètre de largeur, conduisent au parvis, situé environ cinq mètres plus bas. Chaque escalier comporte 26 marches de 27×18,5 cm de hauteur .

 

-A ce niveau, au ras de l’eau, un parvis à ciel ouvert est clos d’un mur épais et haut de 5,70 mètres. Son sol, d’une superficie de 172 m2, est formé d’un dallage géométrique, des pavés de 30x28x10, aux joints fortement marqués. Deux ouvertures diamétralement opposées sont pratiquées dans l’épaisseur de son enceinte. Une ouverture basse en direction de la Seine, élément liquide mouvant, vivant. Cette issue est fermée par une lourde grille en fer surmontée d’une herse aux pointes acérées et menaçantes. En vis-à-vis, un étroit passage entre deux blocs monolithiques mène à une crypte hexagonale. On passe de la pleine lumière du parvis à la pénombre de cet espace de recueillement. En son centre, sous une dalle de bronze circulaire, repose le déporté inconnu. Les parois sont gravées en caractères cunéiformes de textes inspirés par le drame de la déportation, dus aux écrivains Aragon, Desnos, Eluard, Saint-Exupéry, Sartre, Vercors.

 

De cette rotonde centrale partent trois branches :

 

– Prolongeant la crypte, une étroite galerie de 2,20 mètres de large, s’étire sur 20,30 mètres. Ses parois scintillent de 200 000 flammes de verre, évoquant les martyrs des camps de concentration. Au fond de cet étroit couloir, une paroi de granit noir au-delà de laquelle brille en permanence une lueur.

 

-De cette crypte partent également deux ailes latérales, conduisant chacune d’abord à une chapelle contenant ossements et terre provenant des camps, puis à une cellule de déporté.

 

Deux escaliers intérieurs mènent à un niveau intermédiaire de 205 m2, avec quatre salles d’exposition destinées à abriter un musée des camps de déportation. Ces salles sont reliées par une galerie qui fait le tour du Mémorial en passant à l’intérieur de l’épaisse paroi qui cerne le parvis.

 

Schéma en plan et coupe du projet réalisé (projet de 1959)

 

L’ensemble du monument est réalisé en béton massif, d’un seul bloc, sans joint. Les agrégats qui le composent proviennent de tous les massifs montagneux de France, rappelant l’origine de tous les déportés. Ils sont concassés et agglomérés avec du ciment blanc éclaté au pic après la prise, procédé qu’utilisera Pingusson dans son dernier chantier de 48 logements sociaux intégrés dans les remparts du village .de Grillon dans le Vaucluse.

Les sols sont en ciment blanc poli, grésé ou bouchardé. Le dallage du parvis est strié de profonds sillons prolongeant la direction des deux escaliers latéraux convergeant vers la pointe de l’île.

Les grilles et la herse sont réalisées en fer forgé.

L’ouverture vers la Seine devait permettre à l’eau de s’engouffrer en période de crue, afin d’éviter la trop grande pression des eaux sur les parois de l’enceinte. Devant les difficultés d’entretien, Pingusson proposa d’y remédier en fermant l’ouverture en période d’inondation, et en remplissant le parvis d’eau propre correspondant au niveau des eaux de la Seine .

 

En gardant vivante la mémoire des victimes, le Mémorial participe à la prévention des atrocités commises par l’homme, pour aider à faire éclore un monde plus juste, plus tolérant, atteignant ainsi une dimension pédagogique.

Le problème posé à Pingusson a été d’atteindre à une signification maximale à travers l’architecture comme seul outil. Il a été très sensible à la possibilité qui lui était offerte de traduire seul , par son art , les notions de mémorial et de déportation.

Jean Cassou, conseiller artistique de l’association le Réseau du souvenir, a soutenu l’architecte dans son refus lorsque cette association souhaitait voir intervenir un plasticien ; il s’y opposa et empêcha toute intervention de couleur ou de forme qui fut étrangère aux volontés de l’architecte. La confiance et l’estime qui liaient Cassou et Pin­ gusson ont permis un développement favorable du projet.

 

Le Mémorial aux déportés n’est pas un monument « émergeant « , mais « immergeant « : il nous renvoie au plus profond de nous-mêmes, ainsi qu’à la souffrance de l’humanité. Le Mémorial ne célèbre pas, il commémore: la mémoire reste ce qui est enfoui au plus profond de nous. En enfouissant le Mémorial sous le square, Pingusson conçoit un monument évocateur d’un évènement précis: commémorer l’ignominie de la déportation et des camps de concentration. Ne cherchant pas à forcer la signification, il s’efface avec humilité devant l’horreur du crime. A l’inverse d’un monument devant lequel on reste statique, il propose un itinéraire initiatique en trois phases , que Pingusson a dénommé ainsi:

 

-la phase du silence : la traversée du jardin,

 

-la phase du dépaysement: l’escalier étroit et raide menant à une cour minérale austère, ceinte d’une haute muraille où interviennent uniquement l’eau et le ciel,

 

-la phase de présence : après un étroit passage, la crypte et l’évocation du souvenir de la déportation.

 

Avec simplicité, l’ensemble commémoratif atteint une grande puissance évocatrice. Le symbole se mêle tout naturellement à l’architecture, sans aucune intervention décorative ou artistique autres que grilles et herse en fer forgé.

 

A l’écart du monde, ce lieu est propice au recueillement, par son jardin sobre, par ses murs nus, par ses ouvertures vers le ciel et le fleuve, par sa crypte où la lumière diffuse épaissit les souvenirs douloureux. Pingusson a porté une attention passionnée à ce projet dix années durant, et au-delà jusqu’à la fin de sa vie. On y retrouve les principales revendications de son auteur pour son art, exacerbées par une commande singulière dans un site exceptionnel : exigence, clarté, qualité des espaces créés.

 

Le Mémorial des déportés, qui l’occupa une décennie, constitue une sorte de parenthèse dans l’œuvre de Pingusson. Avec l’hôtel Latitude 43 de 1931, avec la reconstruction de Sarrebruck entre 1945 et 1961, avec les logements sociaux de Grillon entre 1974 et 1978, le Mémorial des martyrs français de la déportation entre 1954 et 1964 fait partie des œuvres majeures de l’architecte. Peu de temps après sa construction, Pingusson reçut de la municipalité de Châlon-sur-Saône la commande d’un monument aux résistants et déportés , projet qui n’eut pas de suite.

 

Ce projet du Mémorial est entouré d’autres projets ou réalisations à caractère commémoratif de Pingusson:

-1925: concours pour le monument aux mort de Thann: 1° ex-aequo avec Chedanne qui aura la commande.

-1943: sépulture Porte.

-1961/1962 : monuments aux morts à Boust (réalisé)

-1964: monuments aux déportés à Chalon-sur-Saône (projet non réalisé)

.                             .

A Paris existent deux autres monuments commémoratifs comparables au Mémorial: le tombeau du soldat inconnu sous l’arc de triomphe de !’Etoile en 1921, et le mémorial du martyr juif inconnu impasse Putigneux de Goldberg, Persiltz et Arretche en 1956. Enfin de par les contextes topographique, programmatique ou historique, le Mémorial des déportés de Paris est à rapprocher du Mémorial de F.D Roosevelt à Washington en 1961, le Monument aux martyrs juifs de Louis Kahn en 1969 sur Ellis Island à New-York, et le Mémorial de Kennedy à Runnymede sur la Tamise.

 

 

Georges-Henri Pingusson photographié devant la herse du Mémorial de la déportation.

 

 

[1] Ce texte est le condensé d’une fiche réalisée en 1998 pour DOCOMOMO France (Documentation et Conservation des architectures et sites du Mouvement Moderne). Vient de paraître aux éditions du Linteau une monographie, « Mémorial des martyrs de la déportation » d’Antoine Brochard.

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