2-Enseignement de la construction : l’École nationale technique de Strasbourg
En 1920, après le conflit de la Première guerre mondiale, une nouvelle école vient former des architectes à côté des deux autres écoles citées, du moins des ingénieurs du bâtiment dont certains ouvriront des agences d’architecture. L’École nationale technique de Strasbourg (ENTS) est issue d’une école technique allemande, la « Technische Winterschule für Wiesenbautechniker » (École d’hiver pour techniciens du Génie rural), créée à Strasbourg le 5 décembre 1874, dans une Alsace rattachée au Reich allemand après la défaite de Sedan en janvier 1871 et le traité de Francfort qui suivit le 10 mai. À sa fondation, sa vocation n’était alors que celle d’une école pour former des techniciens du Génie rural avec une vingtaine d’élèves, mais progressivement d’autres disciplines viennent s’y agréger, comme celle du Bâtiment en 1889. À la veille de la Grande guerre, l’effectif de cette école allemande est de 292 élèves, chiffre qui tombera à 129 élèves à la fin du conflit, alors que ses locaux sont transformés en hôpital militaire.
En 1919, grâce à l’intervention d’un inspecteur général des Travaux publics d’Alsace-Lorraine, l’ancienne École technique impériale (Kaiserliche Technische Schule) ouvre à nouveau le 15 mars sous la dénomination d’École nationale technique de Strasbourg (ENTS, nom qu’elle conserve jusqu’en 1950), avec un effectif de 300 élèves, porté à 454 élèves l’année suivante. Les anciennes sections sous régime allemand, Bâtiment, Travaux publics, Mécanique et Géomètre-topographe, sont maintenues, y est adjointe la section « Électricité » en 1920. Sous tutelle du ministère de l’Éducation nationale, les études sont portées à 4 ans. Initialement créée par les Allemands pour former des techniciens, l’école évolue très vite vers un statut d’école d’ingénieurs (mais elle ne prendra le nom d’École nationale d’ingénieurs de Strasbourg (ENIS) qu’en 1950). C’est cependant une école atypique parmi les écoles françaises d’ingénieurs, le modèle allemand des « Bauschule » ou « Technicheschule » étant conservé, lui conférant un statut d’école polytechnique régionale. Mais ses ambitions sont grandes et en 1925, par l’article 247 de la loi de Finances, elle devient École nationale supérieure des Arts et Métiers, mais le décret ne sera jamais promulgué. Elle reste cependant la seule école de l’État, à côté des grandes écoles, qui forme des ingénieurs du Bâtiment, des Travaux publics et des Géomètres-topographes. Enfin l’école ou ses élèves sont distingués par des prix nationaux et internationaux.
Pendant une dizaine d’années, jusqu’en 1939, les ingénieurs diplômés ENTS-BÂTIMENT entraient pour la plupart dans l’industrie ou l’administration. Une petite partie seulement endossait la profession d’architecte libéral, même si la profession n’était pas encore réglementée.
3-La parenthèse de la Seconde guerre mondiale pour les trois écoles d’architecture
Sous l’occupation allemande de l’Alsace en 1940, l’administration française de l’ENTS est évacuée à Périgueux et les cours sont suspendus. À nouveau allemande, elle devient une école professionnelle pour le bâtiment, les travaux publics et les géomètres (Staatsbauschule Strassburg, Fachschule für Hochbau, Tiefbau und Dermessungswesen) avec un directeur allemand, M. Usener. À la même époque, par la loi du 31 décembre 1940, le régime de Vichy fait voter une loi instituant l’Ordre des architectes et réglementant le titre et la profession. L’ENTS, passée sous régime allemand, en est évidemment exclue.
Durant les quatre années de guerre, une grande partie des étudiants et des professeurs de l’ESA et de l’École des Beaux-arts sont d’abord mobilisés, puis prisonniers de guerre ou exilés de Paris en zone occupée. Par décret du 17 février 1941, l’enseignement de l’ESA, niant l’esprit fondateur de l’école, doit se rapprocher de celui de l’École des Beaux-arts, encouragé par la vision passéiste de l’architecture du régime de Vichy. Les projets de fin d’études de l’École spéciale d’architecture et des Beaux-arts sont présentés devant un jury unique.
Durant cette période, les étudiants en architecture prisonniers dans les camps allemands auront la possibilité de poursuivre leurs études par l’envoi de cours. Projets et diplômes étaient expédiés à Paris pour être jugés par les professeurs de l’École des Beaux-arts.
Vincent du Chazaud le 20 août 2025
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