Il y a peu se tenait à Grenoble un colloque sur la tour Perret, organisé par Icomos France[1]. Parmi les intervenants l’historien Joseph Abram, auteur du rapport sur l’histoire du Havre pour la candidature de la ville à l’Unesco, François Botton l’architecte en chef des monuments historiques, maître d’œuvre de la restauration de la tour Perret, ainsi que plusieurs responsables de travaux des entreprises opérant sur ce chantier. Parmi celles-ci, Freyssinet, dont le nom est associé à celui d’un célèbre ingénieur, Eugène Freyssinet (1879-1962), l’inventeur du béton précontraint dont il dépose le brevet en 1928.
Pour le piéton, les 80 mètres qui séparent le sol du sommet de la tour sont une expérience comparable à celle d’une ascension de flèche de cathédrale. Ici il faut gravir 474 marches, à moins de prendre l’ascenseur installé par Otis dès l’ouverture au public en 1925. Durant cette ascension à pied, la main caresse le béton rugueux, aux aspérités laissées par les planches de coffrage sciées dans le bois des forêts toutes proches.
Pour la restauration de cette tour en béton armé construite depuis un siècle, la plus haute en béton armé à son époque, fermée au public depuis 1960, classée monument historique en 1998, plusieurs questions se sont posées aux équipes en charge des travaux, en s’adaptant au protocole de la Charte de Venise[2] et de la Charte de Cracovie de 2000 qui définit la restauration et la conservation du patrimoine comme devant être basées « sur un éventail d’options techniques adéquates et, en amont, être le fruit d’un processus cognitif de recueil d’informations et de compréhension de l’immeuble ou du site. » La restauration de la tour Perret est dans les lignes directrices de ces deux chartes, monument portant témoignage d’une histoire, celle des expositions internationales comme ici à Grenoble de la houille blanche (hydoélectricité) et du tourisme (le ski alpin), ainsi que d’une technique, celle du béton armé un matériau dont les premières utilisations au début du XXème siècle ne cessent de progresser et de s ‘améliorer tout au long de ce siècle. La tour est construite à la même époque que l’église Notre-Dame du Raincy en 1923, œuvres qui contribuent à consolider la réputation de l’entreprise Perret, qui s’était déjà illustrée dix ans plus tôt avec le théâtre des Champs-Élysées en 1913.

Tour Perret, intérieur (avec l’ascenseur au centre et extérieur encore en travaux sur le auvent du soubassement).
En amont des travaux, le diagnostic a fait appel à des techniques de pointe, puis durant les travaux, à des mises en œuvre novatrices pour un monument historique, afin de garantir sa pérennité. Combien de chantiers réceptionnés de monuments historiques sont ré-ouverts quelques années plus tard… C’est bien cela que veut éviter ce chantier pilote de la tour Perret. Plus de soixante années après sa fermeture pour raison de sécurité, la tour Perret redeviendra à partir de juillet « une tour pour regarder les montagnes », selon le vœu de son créateur. Plantée dans le parc Paul-Mistral, du nom du maire de Grenoble à l’initiative de cette exposition internationale de 1925, la tour redeviendra aussi le haut promontoire permettant de découvrir la ville à 360 degrés. Plus tard, en 1934, un téléphérique est installé sur le bord de l’Isère, reliant la ville historique au fort de la Bastille perché sur le flanc de la Chartreuse. D’ici on comprend l’histoire urbaine de Grenoble. Ces deux lieux d’observation, la tour Perret et le fort de la Bastille, font penser à ceux de Paris, la tour Eiffel et le Sacré-Cœur…
Depuis la tour Perret, vue sur la mairie de Grenoble (arch. Maurice Novarina, 1967, mur rideau de la tour de 12 étages de Jean Prouvé).
Autre édifice novateur en béton armé construit un peu plus tard entre 1928 et 1932, le Garage Hélicoïdal installé dans le centre ancien de Grenoble par les architectes-géomètres Fumet et Noiray. Une large rampe desservant 7 étages et distribue 225 boxes pour ranger les voitures, auxquels étaient adjoints pompe à essence, atelier, magasin, salon d’attente et conciergerie. Ce garage en copropriété est toujours en activité.
Garage hélicoïdal au 6 rue Bressieux à Grenoble
Mais Grenoble et sa région ne sont-ils le berceau de la production cimentière depuis les travaux de Louis Vicat sur les ciments naturels de 1817 ? Ce polytechnicien choisit de ne pas déposer de brevet et offre son invention au monde, s’estimant redevable à la collectivité de son parcours académique et scientifique[3]. Balzac lui rend hommage dans « Le Curé de village » paru en 1841 : « Quelle sera la récompense de Vicat, celui d’entre nous qui a fait faire le seul progrès réel à la science pratique des constructions ? ».
Vincent du Chazaud, le 9 avril 2026
[1] « La tour Perret de Grenoble : un chantier pilote pour la restauration des bétons armés d’un chef-d’œuvre », colloque Icomos-France les 30 et 31 mars 2026 au musée de Grenoble.
[2] La Charte de Venise est approuvée par le 11ème congrès international des architectes et techniciens des monuments historiques réunis à Venise fin mai 1964. En particulier, il est stipulé que l’on doit « restaurer les monuments historiques dans le dernier état connu ». Depuis, au cours de plusieurs congrès d’Icomos, différents points ont été remis en cause.
[3] Un brevet sera déposé plus tard en 1824 par l’Anglais Joseph Aspdin sous le nom de ciment Portland.
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