De Georges de La Tour (1593-1652), on n’a répertorié jusqu’ici qu’une quarantaine d’œuvres. Ce peintre est reconnu en son temps, au 17ème siècle, puisque « peintre ordinaire du roi » Louis XIII à partir de 1639. Mais de célèbre (pour ne pas dire de la lumière) à son époque, ce peintre lorrain tombe dans l’oubli (pour ne pas dire dans l’ombre) jusqu’à sa redécouverte par un historien allemand au début du 20ème siècle. Du « peintre à la bougie » sont exposées une vingtaine de toiles au musée Jacquemart André[1], soit la moitié du corpus de La Tour, lequel représente sans doute 1/10ème de sa production. Que sont devenues les probables trois cent soixante autres toiles ? Fouillez bien les greniers des vielles maisons et des châteaux…

  

S’il me fallait choisir trois peintures de Georges de La Tour, dans l’ordre j’accrocherais au mur « Le Nouveau-né », peinture irréligieuse et pourtant tellement reliée aux scènes de nativité, d’une parfaite géométrie triangulée, ensuite l’émouvant « Saint-Pierre repentant » avec une lanterne à ses pieds et une larme qui coule du coin de l’œil gauche grand ouvert sur un visage étonné et fixe, enfin, mais là j’en mets deux dans le même sac de tripatouille, « La Diseuse de bonne aventure » et « Le Tricheur à l’as de carreau », mais ces deux ne sont pas exposées au musée Jacquemart André. Dans ces deux derniers, pas besoin de chandelle pour démasquer les aigrefins, ils sont en pleine lumière les visages de face ou de profil, les costumes se détachant clairement sur le fond sombre : les benêts fanfarons se font gentiment détrousser.

Bon on laissera aux érudits l’apport de la technique du « Chiaroscuro », ce clair-obscur du Caravage (1571-1610) et que les maîtres italiens précédents au Quattrocento ont déjà utilisé, comme Léonard de Vinci (1452-1519).

Le musée Jacquemart André possède dans un petit salon au rez-de-chaussée deux toiles de Rembrandt, autre maître du clair-obscur. L’une a été prêtée, l’autre a été déplacée, il s’agit du portrait du docteur Arnold Tholinx, peint en 1656, peu après la mort de Georges de La Tour. À sa place a été installé le « Portrait d’un architecte tenant un parchemin » de Jacob Voet, huile sur toile du 17ème siècle. On aurait cru obsolète cette image de l’architecte satisfait de sa réussite ; pourtant si, de ce personnage au regard sévère coiffé d’une perruque brune, dont la lavallière de dentelles coule de son cou sur de riches habits de velours finement brodés où le rouge et le noir dominent, on remplaçait le rouge par le vert on pourrait le voir aujourd’hui sortir d’une séance solennelle sous la Coupole de l’Institut de France…

 

Autre exposition, vue alors que la neige tombait en abondance sur Paris, celle du peintre finlandais Pekka Halonen au Petit Palais[2]. Cet artiste a de quoi séduire, sa peinture est un hymne à la nature finlandaise ; dans ses peintures de paysages enneigés, il décline les blancs comme nul autre. Comme beaucoup d’autres, on pense à Vincent van Gogh, Halonen a été atteint par la vague du japonisme qui déferle sur l’Europe à la fin du 19ème siècle, jusqu’en Finlande. C’est sensible sur certaines toiles comme « Le Jeune sapin recouvert de neige », où cette dernière est comme du coton venant panser ces jeunes arbres hissés sur leurs troncs frêles perçant le blanc de la neige.

« La source de mon inspiration est la nature. Depuis trente ans, je vis au même endroit avec la forêt à mes pieds. J’ai souvent pensé que j’avais le Louvre ou les plus grands trésors du monde à ma porte. Il me suffit de me rendre dans la forêt pour voir les plus merveilleuses des peintures, et je n’ai besoin de rien d’autre » écrit Halonen en 1932. Que reste-t-il de nos forêts moins d’un siècle plus tard : Amazonie ? Sibérie ? Landes ? Forêt noire ?

Une autre toile de Pekka Halonen m’a replongé dans une histoire récente, qui a fait l’objet du billet n°215 « Abattu, Sansal »… « Le Grand Pin de Kotavuori » peint en 1916 représente un arbre couché, prêt à être débité. La composition est puissante avec sa perspective en diagonale du tronc reposant sur ses branches affolées. C’est, en équivalant poétique, « La Mort du Loup » d’Alfred de Vigny. D’ailleurs sur le cartel placé à côté du tableau est écrit : « L’image de ce pin abattu aux branches entremêlées témoigne de l’empathie de l’artiste avec la nature. Conscient de l’exploitation des ressources naturelles pour l’industrie du bois en pleine expansion, le peintre alerte avec ce portrait d’arbre sur l’inévitable dégradation de cet environnement sauvage. » Après ce rapprochement avec ce pauvre marronnier à Argentine, on pourrait faire un autre rapprochement avec le dérèglement climatique et cette terrible tempête de 1999-2000 qui abattit tous les arbres sur son passage !

Bon il faut conclure, faisons le avec une note optimiste et gustative… tout le monde connaît le bœuf bourguignon, de nom au moins… autrefois plat familial que l’on trouvait sur les tables de salle-à-manger des familles nombreuses, et j’en garde un délicieux souvenir, aujourd’hui on ne le sert plus que dans les restaurants, et là il faut bien se renseigner avant d’y aller… Pour ma part, c’est le cas de le dire, même et surtout si je suis seul, je le cuisine moi-même. Évidemment ça me fait mes repas du midi et du soir pour quelques jours, à moins d’inviter des potes à partager ce met absolument délicieux pour tous les sens, particulièrement le goût et l’odorat. Voici ma recette, synthèse de plusieurs, mais il faudrait que j’aille consulter celle de Paul Bocuse. Les ingrédients ? Paleron ou macreuse de bœuf, du vin de Bourgogne évidemment, oignons grelots (pour un plat « aux petits oignons » évidemment, mais pas facile à trouver en cette saison), carottes, champignons de Paris, ail pilé au gros sel, un beau bouquet garni. Je fais mariner la viande dans le vin avec le bouquet garni et quelques grains de poivres (et clous de girofle si vous avez) un bon bout de temps. Après avoir roussi dans du beurre et de l’huile d’olive le bœuf coupé en dés enrobé de farine et avoir réduit ma marinade, je plonge le tout dans la cocotte avec les légumes et le bouquet garni, gros sel, poivre (peut-être deux bouillon-cubes de bœuf dissous dans de l’eau chaude), et là on laisse doucement cuire 3 heures à feu très doux, en remuant de temps en temps. À table, vous parsemez de quelques brins de persil frisé, et dans les verres, un bon bourgogne évidemment. C’est un plat roboratif qui sied bien à la saison hivernale, ça change de la choucroute, même si j’apprécie particulièrement ce plat emblématique d’Alsace, région où j’ai vécu cinq ans durant mes études d’architecture, enfin le peu que j’en ai suivi. La choucroute de la maison Kammerzell à Strasbourg, n’est peut-être pas la meilleure, mais l’immeuble daté de 1427, construit au pied du parvis de la cathédrale, est doté d’un riche décor sur les bois de colombage en façade, et les salles sont très accueillantes.

Bon appétit, mais je vous conseille de choisir : choucroute alsacienne ou bœuf bourguignon, mais pas les deux dans la même journée, ça fait beaucoup tout de même …

Certains membres de la compagnie, et parmi les plus éminents, ont goûté ce bœuf bourguignon, ils pourraient vous en dire plus que ce que j’écris… Pour le prochain billet, j’espère vous donner la recette de confiture d’oranges amères de Patrick Demanche.

20 janvier 2026  

 

 

[1] Georges de La Tour, entre ombre et lumière, musée Jacquemart André, Paris, du 11 septembre 2025 au 22 février 2026.

[2] Pekka Halonen, un hymne à la Finlande, Petit Palais, Paris, du 4 novembre 2025 au 22 février 2026.