BILLET n° 228 – L’ART INTERNATIONAL D’AUJOURD’HUI
La publication au début du mois d’avril 2026 d’un ouvrage intitulé « Jean Prouvé, tortilleur de tôles »[1] rassemblant des textes de Jean Prouvé laissait augurer à leur exhaustivité. Et bien non, tous les écrits de Jean Prouvé n’y sont pas intégrés, la preuve avec un texte de 1929 sur le métal. C’est en fouinant à la bibliothèque Forney que je suis tombé sur ce nouvel écrit de Jean Prouvé, une introduction au numéro 9 de « L’Art International d’Aujourd’hui ».

Couverture du n°9 de l’Art International D’Aujourd’hui
La bibliothèque Forney de la Ville de Paris doit son nom à un homme d’affaires d’origine suisse, Aimé Samuel Forney (1819-1879) qui fit don de sa bibliothèque pour aider à la formation des artisans. Trop à l’étroit dans sa première installation, en 1929 elle intègre l’hôtel de Sens construit entre 1475 et 1519, unes des rares architectures de la Renaissance à Paris. Ses salles aux dimensions variables et à différents niveaux s’ensuivent comme dans un labyrinthe.
« L’Art International d’Aujourd’hui » est un ensemble de 18 volumes consacrés à l’architecture et aux arts décoratifs publiés à partir de 1929 par les Éditions d’art Charles Moreau. Chaque portefeuille est dévolu à un thème et contient une cinquantaine de planches l’illustrant par des photographies. La plupart de ses contributeurs, come Robert Mallet-Stevens, Francis Jourdain, René Herbst, Jean Prouvé, fonderont une année plus tard l’Union des Artistes Modernes (UAM), dont Charles Moreau est un des membres bienfaiteurs. L’ambition de l’UAM était la synthèse des arts et d’en promouvoir toutes les formes. Ces portefeuilles de « L’Art International d’Aujourd’hui » en seront ferments les puis les les propagateurs. Chacune des introductions de ces portefeuilles sera l’occasion pour son auteur de fendre sa vision de l’art, de l’architecture à l’art décoratif, mais aussi la place du créateur dans la société.
Parmi les thèmes abordés par « L’Art International d’Aujourd’hui », celui consacré aux « jardins et terrasses » est introduit par Jean Lurçat, celui sur les « Intérieurs » par Francis Jourdain, celui sur les « Boutiques et magasins » par René Herbst, celui sur le « Verre » par Louis Barillet, celui sur les « Tissus et tapis » par Sonia Delaunay.
Mais revenons au numéro 9 de « L’Art International d’Aujourd’hui » consacré au « Métal ». Alors que les huit premiers portefeuilles traitent des éléments architecturaux, le neuvième, introduit donc par Jean Prouvé, va explorer les possibilités du métal dans différents domaines, les luminaires, les rampes, les ascenseurs, la construction, ainsi que les différentes façon de le travailler, la ferronnerie, mais aussi la découpe et la pliure de la feuille de métal. En voici le texte, daté de 1929 :
L’outillage plus perfectionné chaque jour, les nouveaux alliages et les nouveaux moyens de préservation, tel que chromage et émaillage ont permis l’essor actuel des industries du métal.
Ceci parce qu’ils rendent possible une exécution de plus en plus économique et permettent l’emploi des métaux même à l’extérieur avec un minimum d’entretien.
Ajoutons à cela la grande qualité d’homogénéité des métaux. Lorsque ceux-ci sont employés logiquement suivant leurs particularités, on arrive avec un minimum de matière premières à des constructions sûres de résistance.
En architecture d’abord, à côté des grandes constructions entièrement métalliques, le métal se combine au béton armé.
En premier lieu, toutes les parties mécaniques de la maison moderne, fenêtres, portes, ascenseurs et leurs protections, etc., se font en métal. D’où fonctionnement régulier et aspect sobre aidant à l’esthétique actuelle.
Ensuite l’emploi du métal s’étend à l’aménagement des maisons, en particulier aux meubles. Du meuble industriel on évolue de plus en plus vers le meuble d’appartement.
Le luminaire est également très étudié. Dans un esprit de logique qui tend à ne laisser au métal que son rôle de soutien aux parties lumineuses.
Et combien d’autres domaines où le métal prend une place prépondérante, la carrosserie automobile par exemple, où nous voyons des chefs-d’œuvre d’élégance et de logique.
Le métal par sa composition même, règle de l’esthétique qui le gouverne. Un matériau dur et résistant pousse aux compositions sobres de ligne, aux calculs des épaisseurs, et des profils exactement nécessaires à la solidité.
Cette logique, guidant la recherche artistique, répond donc aux besoins de l’état d’esprit actuel.
S’ensuivent dans ce portefeuille une série de cinquante planches de photographies où se mêlent des travaux de Robert Mallet-Stevens (portes, rampes, baies, façade de magasin), Emil Latté (façades de magasin à Berlin), Le Corbusier et Pierre Jeanneret (rampes et escalier), Jacques Le Chevallier en collaboration avec René Koechlin (lampes-sculptures), Pierre Chareau (appareils d’éclairage et porte-fleurs), Raymond Subes (grille d’intérieur et rampes), Théo van Doesburg (salle de cinéma de l ‘Aubette à Strasbourg), Pierre Patout (grille d’immeuble), André Lurçat (grille), et bien d’autres créateurs, dont une planche consacrée à l’automobile Voisin.

Luminaires de Jacques Le Chevallier
Jean Prouvé y présente une cabine de protection d’ascenseur et une grille d’intérieur pour un immeuble de Mallet-Stevens, une porte d’ascenseur pour les Magasins Réunis à Nancy, lanterneau et verrière du Palais de la bière à Nancy, ainsi qu’une planche groupant des travaux de ferronnerie, porte-plat, appareils d’éclairage, porte-serviettes et poignée de porte.

Jean Prouvé, verrière du Palais de la bière, Nancy
En tout vingt volumes devaient paraître de ces portefeuilles, mais le numéro 18 « La forme sans ornement » ne se fera pas, et le numéro 20 « Urbanisme moderne », qui devait être présenté par Le Corbusier et Pierre Jeanneret, ne sera pas publié.
Vincent du Chazaud, le 23 avril 2026
[1] Jean Prouvé. Tortilleur de tôle. Textes rassemblés et présentés par Vincent du Chazaud, Éditions Parenthèses, Marseille, 2026.
Laisser un commentaire