Il existe un lieu exposant exclusivement des sculptures d’artistes contemporains au 9 rue Monte-Cristo dans le 20ème arrondissement, pas loin de la place de la Nation, l’Espace Monte-Cristo.
Ce lieu existe depuis 2018 grâce à l’initiative de Danièle Marcovici, présidente du groupe Raja, leader européen de la distribution d’emballages, et de sa Fondation Villa Datris créée en 2011 avec Tristan Fourtine (décédé en 2013), Datris étant l’acronyme de leurs deux prénoms.
La fondation, installée dans une demeure provençale à L’Isle-sur-la-Sorgue dans le Vaucluse, s’est constituée une collection avec l’acquisition de sculptures d’artistes contemporains, dont certaines œuvres sont prêtées à des centres d’Art, Fondation Carmignac à Porquerolles, le Mucem à Marseille, le Musée d’Art Moderne à Paris…
À l’Isle-sur-la-Sorgue, la Fondation Villa Datris expose de mai à novembre, selon un thème renouvelé tous les ans, avec des œuvres prêtées par des galeries et quelques sculptures acquises pour sa collection lors de visites dans les foires d’art contemporain internationales (Art Basel, Bâle, Miami, Paris).
À Paris, l’espace Monte-Cristo présente pour son exposition annuelle, d’avril à décembre, des œuvres choisies selon le thème parmi les 250 sculptures de la collection de la Fondation Villa Datris.
De ces deux lieux, vauclusien et parisien, je ne connais pas le premier, mais je suis allé plusieurs fois dans le second pour des visites commentées par une médiatrice culturelle, sur l’invitation de Nicole Demanche, membre du conseil d’administration de cette fondation.
Depuis sa création, ce sont quatorze expositions thématiques qui ont été ouvertes gratuitement pour tous les publics, de même que pour les conférences et visites guidées et commentées pour les groupes, scolaires et autres. Cette volonté de rendre accessible l’art contemporain à tous les publics est à mettre à l’actif de cette fondation.
Actuellement deux thèmes sont proposés pour leurs expositions, l’un intitulé « Méditerranée, odyssées contemporaines »[1] à la villa Datris de L’Isle-sur-la-Sorgue », l’autre « Diseuses de silence »[2] à l’Espace Monte-Cristo de Paris.

« Diseuses de silence », le titre s’applique bien à la sculpture, notamment contemporaine, dont l’intention de l’artiste n’est pas toujours compréhensible, si les codes ne nous sont pas donnés. Par son œuvre l’artiste veut pourtant nous parler, nous dire une histoire, son histoire ou une autre plus universelle. Deux œuvres m’ont particulièrement touché, pour leurs gestes, pour leurs beautés, pour leurs artistes.
Cette première histoire, c’est Raymonde Arcier qui nous la conte. On est accueilli par une imposante cotte de mailles dorées et d’un heaume percé de deux yeux inquiétants et surmonté d’un plumeau, le tout accroché au plafond et mesurant près de 2 mètres. Venant d’un milieu modeste peu ouvert à l’art et à la culture en général, Raymonde Arcier commence à créer dans les années 1970, au moment des luttes féministes du MLF. Elle « se permet alors d’être artiste », selon son expression, et se saisit des objets du quotidien de « la femme au foyer » pour les détourner en créant des objets ironiques, protecteurs ou déformés de la réalité pour mieux faire comprendre la condition des femmes, ainsi son immense cabas pour faire les courses. Une cotte de maille au Moyen-âge était une sorte d’armure, protection corporelle individuelle permettant une certaine souplesse. Raymonde Arcier mit une année à crocheter chaque jour les fils de laiton qui, sous une chasuble jaune, en font une armure dorée. Elle dit qu’elle est pour elle une protection contre le monde de l’art dans lequel « il est terrifiant d’être une femme et de venir d’un milieu modeste ». Le ministère de la Culture estime qu’il faudrait attendre 2146, soit 120 ans, avant d’atteindre la parité hommes-femmes dans l’art…

Ainsi on chemine avec les histoires, et les sculptures, de vingt et une artistes françaises et internationales. L’une est iranienne, l’autre afghane, leurs pays sont aux prises de fanatiques religieux, qui mènent des guerres extérieures, et intérieurs contre les femmes. Le courage de l’afghane Kubra Khademi est immense quand elle revêt ce « body » métallique qu’elle s’est confectionnée à partir de morceaux de gazinière, qu’elle nomme « armor », anglais d’armure. Filmée, elle déambule dans les rues de Kaboul dans cet accoutrement, à la fois défense (armure) contre les attaques misogynes, protection contre le viol comme une ceinture chasteté et provocation érotique (le « body » est une lingerie, sous-vêtement moulant qui couvre tout le tronc d’une seule pièce tenu par des bretelles), moule d’un corps aux seins et aux fesses exagérés. Très vite Kubra Khademi est affrontée à l’hostilité des hommes, dont les réactions violentes et menaçantes vont l’obliger à s’arrêter et à se réfugier. Puis refuge total en France, car menacée de mort quelques temps après sa performance.

Vincent du Chazaud, le 12 juin 2026
[1] Du 15 mai au 1er novembre 2026
[2] Du 18 avril au 13 décembre 2026
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