Samedi 27 juin 2026, Michel Mourtérot, chef de troupe du Théâtre des Loges, a tiré sa révérence avec noblesse, art et retenue… tout l’homme.

Après une dizaine de jours plombés par une chaleur étouffante, la fraîcheur était un peu revenue dans cet ancien lavoir du 19ème siècle reconverti en théâtre, situé au 49 rue des Sept-Arpents à Pantin. Quand Michel et sa troupe en prennent possession en mars 1997, ce ne devait être qu’un espace pour les répétitions, puis très vite la magie du lieu opère et un an plus tard il est décidé d’y accueillir le public. Les comédiens se muent en menuisiers, ferronniers, costumiers, éclairagistes, j’en passe, pour équiper le théâtre d’une scène, de gradins, d’un foyer, de loges : en bons artisans, ils se font « les bâtisseurs du lieu », de leur « usine à rêves ». En bons ouvriers de la langue, ils répètent aussi et jouent leur première pièce « Hamlet ». Sans chauffage, en hiver le public passionné se glissait sous des couvertures avec bonnets de laine, aujourd’hui pour la dernière les éventails étaient en action.

Quelle aventure, l’esprit de Molière soufflait, et la troupe partait l’été sur les routes de France jusqu’à Louvie-Juzon, commune d’à peine plus de mille habitants de Pyrénées-Atlantiques. Michel est originaire de Lobier-de-Baish (en béarnais), là-bas on dit maintenant de lui que c’est « le génie du Béarn », toutefois après Henri IV et François Bayrou…

À trois reprises la troupe du Théâtre des Loges est venue jouer dans la cour d’Argentine en Dordogne, Le Révizor, Les Précieuses ridicules et Georges Dandin. Ce furent des moments fabuleux… En se reportant aux billets n°109 d’avril 2018 et le n°171 de juin 2023, j’ai déjà donné un aperçu de la troupe du Théâtre des Loges, le dernier à propos de « La Mouette » d’Anton Tchékhov, pièce jouée en 2023. Dans ce dernier billet, j’y évoquais la mainmise de certains élus locaux sur les programmations culturelles malgré les subventions de l’État, avec une orientation proches de leurs idées politiques. Concernant le Théâtre des Loges, Michel Mourtérot raconte que « en dépit de notre pratique régulière de l’art théâtral, nous n’avons jamais obtenu d’aide publique. Depuis de nombreuses années, sereinement, nous n’en demandons plus. Nous ne tenons que par nos recettes. Rien que de très normal, et de louable peut-être, pour une troupe faite de comédiennes et de comédiens qui se veulent de bons ouvriers du théâtre. » Mais il ne cache pas les difficultés qu’il a fallu surmonter, et elles ne sont pas terminées car aujourd’hui le théâtre est menacé, et il poursuit : « Mais si notre lutte est belle, elle reste sévère, particulièrement pour garder ces murs dont nous sommes locataires. »

Mots d’adieu de Michel devant ses derniers élèves le 27 juin 2026 au Théâtre des Loges

Si Michel tire sa révérence en présentant les travaux de ses derniers élèves (extraits de pièces de Racine, Molière, Shakespeare, Tchekhov, Rostand, Feydeau, Bernhard, Koltès, Ribes, etc.), d’autres, des anciens élèves et des comédiens de l’ancienne Troupe des Loges ont monté la Compagnie des Bons Fous. Ils veulent continuer l’aventure théâtrale lancée voilà presque trente ans dans ce lieu chargé d’histoire, des lavandières du lavoir jusqu’aux ouvrières du théâtre. La bataille est rude, le maire de Pantin est décidé avec la société Soreqa à expulser la troupe de son lieu de travail. Toutes proportions gardées, c’est comme si on fermait une usine à Pantin. Et plus que ça, une usine on s’y rend rarement, un théâtre on vient de loin pour assister aux spectacles. Certes il y a un besoin impérieux de logements, mais il n’est pas interdit de réfléchir, non ? On peut faire des logements au-dessus de l’ancien lavoir, on peut, on peut… On peut peut-être imaginer, c’est l’AN 01 de Gébé (rappelez-vous pour les plus anciens d’Hara-Kiri, puis de Charlie Hebdo). Enfin, c’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer, oui, mais comme dit Michel, le fer ça rouille. Rien n’est perdu, vous connaissez la chanson : « Le théâtre n’est pas mort, car il b… encore » et que vive le Théâtre des Loges de Pantin. 

   

La veille, vendredi 26 juin donc, je suis allé voir et entendre dans la salle Le Totem dans le 13ème arrondissement de Paris, une pièce du Russe Ivan Viripaev, « Illusions ». Les acteurs, tous amateurs, des Ateliers de la Compagnie Kalina, sont dirigés par Liliana Zazreva. Sa mise en scène est remarquable, j’ai reconnu deux acteurs, Christine et Jérôme, inutile de donner leurs noms vous les aurez reconnus. C’était formidable là aussi, ils ont été applaudis à tout rompre par une salle pleine et comblée…

Vincent du Chazaud, le 30 juin 2026